La Coopérative d'habitat des 12 Pinthies de Dakar « Cités de Beigne » a été conçue dans le cadre du Comité d'Initiative du réseau d'associations culturelles lébou dénommé « Beigne Ak Soumbédioune » symbolisant les deux entités qui composent toutes les communautés Lébou.
Ce Comité est composé de membres d'associations familiales ; son projet est de fédérer les différentes associations culturelles de la communauté Lébou à la condition qu'elles soient reconnues par les autorités compétentes, et de mieux participer à l'œuvre d'unité nationale par la renaissance, la réhabilitation, la promotion des valeurs socio culturelles lébou, sur des modèles déjà existants et conformes aux dispositions de la loi 66.70 du 13 juillet 1966 modifiée et du décret 76.040 du 16.02.1976.
Le futur réseau « Beigne Ak Soumbédioune » a l'ambition d'intervenir dans les domaines culturel, éducatif, sanitaire, social, économique, sportif et de promouvoir l'unité nationale par des activités de jumelage avec toutes les entités culturelles du Sénégal compte tenu de l'ouverture et de la diversité qui ont toujours caractérisé les Lébous du Cap-Vert.
Son viatique est d'unir les Lébous autour de leur dénominateur commun, pour servir de base et de gardien à l'émergence d'une tradition qui assure un enracinement dans la mondialisation et répond à nos aspirations individuelles et collectives. En effet, « Tout ce qui n'a pas de base s'écroule, tout ce qui n'a pas de gardien se perd » (Imam Ghazali).
L'initiation de ce premier projet portant sur l'habitat au profit des 12 Pinthies de Dakar s'explique par l'acuité de la question et l'urgence qui s'attache à son règlement.
En effet, en dépit de leur forte croissance démographique, les 12 Pinthies de Dakar sont une des rares localités traditionnelles du Cap-Vert à n'avoir jamais bénéficié d'une zone d'extension.
Depuis l'indépendance du Sénégal, la principale réforme foncière, la loi sur le domaine national n'a, jusqu'ici, eu que le seul Cap-Vert pour champ privilégié d'action ; par ce biais, d'immenses superficies ont été soustraites à nos propriétés coutumières pour finir entre des mains pas toujours certaines.
Le territoire de Beigne dans lequel sont implantés les douze Pinthies de Dakar se particularise par l'exiguïté de son espace qui, conjuguée à une fulgurante croissance démographique, ne peut plus contenir les populations des Pinthies traditionnels, asphyxiées, sans arrière-pays, n'ayant que la mer derrière elles.
Implantés au cœur d'une ville en pleine mutation, ces pinthies portent en eux les tares des quartiers populaires composés en grande partie de jeunes sans emploi à la charge de chefs de ménages à faibles revenus.
Dans de nombreuses familles, les litiges fonciers nés de l'éclatement de la famille ou de la question d'héritage obligent les héritiers à vendre la concession. Quand lesdits héritiers se trouvent dans l'incapacité de l'acheter, la concession est mise à la disposition d'acquéreurs étrangers, poussant les autochtones à sortir de leur cadre traditionnel ; c'est le début de la dislocation de la communauté.
A défaut de la procédure de vente suscitée, la maison est subdivisée en petits périmètres. Ceux qui se sentent à l'aise dans le milieu restent. D'autres changent de lieu d'habitation ou vendent leur part à un prix permettant d'acheter une parcelle ailleurs et d'économiser de l'argent.
Selon des statistiques empiriques, 47 maisons d'autochtones auraient été vendues en l'espace de cinq (5) ans dans les années 2010 dans la zone de Thieurigne, Santhiaba et Mbackeneu, laissant ainsi place à d'autres acteurs.
Sauf à se disloquer, les familles autochtones des pinthies traditionnels de Dakar n'ont plus d'espace où habiter et ne disposent pas toujours des ressources et de l'organisation nécessaires à une valorisation ou une réhabilitation du patrimoine existant.
Ce processus de dislocation, à travers une migration dispersée des pinthies traditionnels vers d'autres espaces, a atteint un rythme tel qu'il convient de tirer sur la sonnette d'alarme et de proposer des solutions pour la pérennité de la communauté culturelle lébou de Dakar.
L'absence d'espace, conjuguée à une dislocation des familles, annonce à coup sûr le début historique de l'extinction des 12 pinthies de Dakar.
En effet, la relation que les Lébous entretiennent avec leurs territoires traditionnels fait partie de leur identité et de leur spiritualité ; elle est profondément enracinée dans leur culture et leur histoire.
Plus que par le passé, la politique foncière de l'État du Sénégal continue à ignorer les impératifs liés au devenir de la communauté lébou en tant que minorité nationale.
Les enjeux qui ressortent ainsi de cette situation fondent notre démarche pour la création d'un cadre d'actions en vue de promouvoir des pistes de solutions aux véritables défis qui interpellent notre communauté.
Aussi s'agira-t-il de freiner cette dislocation sociale et géographique de la communauté et de ses forces vives, et d'œuvrer pour jeter les fondements d'une véritable renaissance culturelle, sociale et économique.
Dans cette perspective, la question de la reconstitution d'un habitat regroupé spécifique à la communauté constitue un premier jalon à poser pour répondre à un besoin réel de nos générations montantes, économiquement faibles, confrontées à la spéculation foncière et à la disparition progressive des patrimoines foncier et immatériel.
Notre ambition est de faciliter l'accès à la propriété foncière des couches faibles de la population et de rebâtir un habitat groupé spécifique aux Lébous du Cap-Vert et respectueux de leur environnement.
Face à la crise de valeurs et ses conséquences dans cet espace vital fort limité, notre viatique reste de nous départir des querelles partisanes et d'œuvrer pour une meilleure contribution à l'édification d'un Sénégal meilleur.
Pour la réalisation de nos objectifs, notre démarche s'inscrit dans l'ouverture à travers diverses activités visant la reconstitution ou l'amélioration du cadre et des conditions de vie des populations et ressortissants des pinthies traditionnels de Dakar, même si la réforme annoncée des lois sur la terre risque de ne point faire justice.
La justice à laquelle nous aspirons réclame un toit pour les enfants de Beigne, sur la terre de leurs ancêtres car ils n'ont, a priori, que cet horizon pour bâtir leur avenir.
Pour le respect de notre droit à la préservation de notre culture, un programme spécifique, « Un Lébou, un Toit à Dakar » serait justice pour rendre leur dignité aux dépossédés afin qu'ils se présentent en toute égalité au rendez-vous du donner et du recevoir.
En d'autres termes, après s'être acquittés de leurs obligations citoyennes, les populations et ressortissants des 12 pinthies traditionnels de Dakar demandent le respect de leurs droits à la préservation de leur patrimoine culturel et la facilitation, par les pouvoirs publics, de l'acquisition, à chaque lébou des 12 pinthies de Dakar, d'un toit à Dakar.
Conformément aux dispositions de la loi n° 83.07 du 28 janvier 1983 portant statut général des coopératives et du décret n° 83.320 du 25 mars 1983 fixant les conditions d'application de ladite loi, le comité d'initiative de « Beigne Ak Soumbédioune » a mis sur pied, dans un cadre citoyen et communautaire, une coopérative d'habitat dénommée les « Cités de Beigne ».
À l'issue de l'assemblée générale constitutive tenue le samedi 25 juin 2005 à l'hôtel Indépendance à Dakar, les statuts ont été adoptés et les organes élus.
Les actes constitutifs de la coopérative, déposés au Service d'Appui aux coopératives en 2005 pour transmission au Comité d'agrément, n'ont été validés qu'en 2009 par le représentant de la tutelle.
Ainsi, au terme de la réunion du conseil d'administration du 15 août 2009, tous les comptes bancaires requis ont été ouverts à la Banque de l'Habitat du Sénégal (BHS).
La coopérative d'habitat des 12 Pinthies de Dakar « Cités de Beigne » a été agréée par Arrêté interministériel n° 011435/MHCH-MA du 31 décembre 2010, finalement notifié le 12 avril 2012.
